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  • : Nous sommes deux passionnés de voile et nous voulons partager notre amour pour cette activité nautique. Depuis 1987,nous faisons de la voile dans la région de Québec, l'estuaire du Saint-Laurent, aux Antilles et la Méditérannée..
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Samedi 4 février 2006 6 04 /02 /Fév /2006 19:56

Voyage du Québec à la Tunisie en 2004 sur le voilier Marysol.

 

Prologue: Ce récit de 33 pages raconte le voyage de Marcel, Solange, Denis et Marie-Êve sur le voilier Marysol parti du lac Champlain au Québec le 2 juin 2004 pour se terminer à El Kantaoui en Tunisie le 13 novembre 2004 en utilisant le trajet suivant: le lac Champlain, la rivière Hudson, New-York, la traversée de l'atlantique et arrêt aux Acores, la traversée au Portugal, l'Espagne, Gibraltar, les Baléares, la France, la Corse, la Sardaigne et finalement la Tunisie.

Ce récit de 33 pages raconte le voyage de Marcel, Solange, Denis et Marie-Êve sur le voilier Marysol parti du la Champlain au Québec le 2 juin 2004 pour se terminer à El Kantaoui en Tunisie le 13 novembre 2004 en utilisant le trajet suivant: le lac Champlain, la rivière Hudson, New-York, la traversée de l'atlantique et arrêt aux Acores, la traversée au Portugal, l'Espagne, Gibraltar, les Baléares, la France, la Corse, la Sardaigne et finalement la Tunisie.

 

 

Espagne-01

 

 

Marysol est un Bénéteau 38’ qui est présentement à sec à la marina Gosselin de Saint-Paul-Île-Aux-Noix, sur la rivière Richelieu. Cet agréable voilier est la propriété de Solange et Marcel Frenette, de Québec. Nous seront quatre personnes à bord pour cette traversée transatlantique, l’autre équipière étant Marie-Ève Béland, étudiante en administration à l’université Concordia de Montréal.

 

Notre itinéraire est le suivant : Depuis notre départ de la Marina Gosselin, nous remontrons le Richelieu sur une distance d’environ 8 km pour entrer dans le Lac Champlain à Rouses Point, N.Y. Puis nous traverserons le Lac Champlain et emprunterons le canal Champlain pour joindre la rivière Hudson que nous descendrons jusqu’à son embouchure à New York. De New York nous ferons route jusqu’aux Açores, puis jusqu’au Portugal. Ensuite, nous longerons la côte pour entrer en Méditerranée par Gibraltar et atteindre les Baléares, puis la côte espagnole dans les environs de Barcelone. Un bel été de navigation en perspective.

 

Présentement, Marcel et Solange s’activent à préparer Marysol pour la grande traversée tandis que je m’occupe à faire quelques travaux d’entretien sur notre résidence familiale. Tôt ou tard, il y a toujours des travaux qui ne peuvent plus attendre. Il faut les faire. J’en suis rendu là.

 

Bien qu’elle m’encourage et me supporte sans réserve dans tous mes projets, je sens que Sally, ma fidèle compagne depuis plus de 30 ans, appréhende un peu mon départ. Même si elle est habituée de me voir partir en mer pour des périodes relativement longues, c’est toujours avec un pincement au cœur qu’elle me laisse partir. Je serai de retour en septembre. Heureusement qu’elle a ses propres passions et ses activités quotidiennes qui l’occuperont cet été.

 

 

Espagne-02

 

Nous voilà en route. Nous sommes parti de la marina Gosselin mercredi matin le 2 juin 2004, à 11:00 heures, après quelques provisions et derniers préparatifs (Moteur :1471,8 au départ).

 

Nous devions partir lundi le 31 mai mais il y a eu un empêchement majeur. Mauvaise nouvelle : décès dans la famille des Frenette. C’était imprévisible. Gilles Rodrigue le frère de Solange, résident de Weedon dans les Cantons de l’Est est décédé accidentellement à son travail, vendredi le 28 mai, au lac Paradis situé à 35 miles au nord de Manic-5. Il était contremaître pour une papetière qui fait la coupe de bois dans ce secteur. Avec deux collègues de travail, il s’afférait à l’entretien d’un chemin forestier en bordure du lac lorsqu’un glissement de terrain se produisit et les engloutit dans le lac. Deux des trois travailleurs périrent. C’est une lourde épreuve pour Solange et sa famille. Après être retourné dans sa famille pour quelques jours, Solange est maintenant prête à partir.

 

Au départ de la marina mercredi, le ciel était partiellement dégagé, vent NW 10-15 kts sur la rivière Richelieu, et 14°C. Assez frisquet sur l’eau. Après les formalités des douanes à Rouses Point, N.Y., à l’embouchure du Richelieu, nous avons poursuivi notre route sur le Lac Champlain jusqu’à Deep Bay où nous avons jeté l’ancre à 17 :10 heures. Deep Bay porte bien son nom; c’est une longue baie étroite, dans un décor enchanteur, et qui s’avance profondément dans le littoral. Un mouillage très achalandé durant l’été qui peut accueillir plusieurs bateaux. Aujourd’hui nous sommes seul dans ce lieu paisible et délicatement agrémenté par le chant des oiseaux; pas un chat en vue. Nous avons navigué une distance de 27,5 miles la première journée.

 

Jeudi le 3 juin fut une longue journée de navigation par temps généralement couvert et parsemé d’averses. Temps frais et humide. Nous avons laissé le mouillage de Deep Bay à 5 :00 heures du matin et à 17 :00 heures, nous passions la première écluse à Whitehall, N.Y., celle identifiée comme étant l’écluse no. 12. Nous avons poursuivi notre route jusqu’à l’écluse no. 9 à Kingsbury où nous nous sommes amarrés le long du canal à 19 :45 heures. Distance parcourue de 92 miles aujourd’hui.

 

Vendredi le 4 juin; au lever du jour, un épais brouillard limite la visibilité à un périmètre d’environ 100 pieds. À7 :15 heures cependant, le brouillard s’est entièrement dissipé pour faire place à un soleil radieux. Très confortable à 22°C en après-midi; vent nul. Nous passons l’écluse fédérale de Troy à 14 :30 heures, la dernière écluse à passer avant d’arriver à Catskill, N.Y. où Marysol sera re-mâté. Lorsque re-mâtée, un lien radio pourra alors être établit puisque Marysol est équipé d’un radio ondes courtes (BLU) dont l’antenne longe le pataras. En mer, le capitaine prévoit contacter le Réseau du Capitaine qui est en onde sur la fréquence 14,118 Mhz tous les jours entre 7 et 8 heures, heure du Québec (TU moins 4 en été). Le Réseau du Capitaine possède aussi son propre site Web qui peut être consulté en tout temps pour suivre les bateaux avec lesquels il communique. Cliquez sur le lien suivant pour y accéder : www.lereseauducapitaine.qc.ca

 

À 18 :00 heures, nous sommes à 11,5 miles de Catskill et, après 8 heures de moteur et 65 miles de navigation aujourd’hui, le capitaine a décidé que c’était le temps de s’arrêter pour la nuit. Nous jetons l’ancre à 18 :30 heures à Coxackie, en bordure de la rivière Hudson, dans un endroit tranquille entre les petites îles de Coxackie et Rattlesnake. Le lendemain, samedi le 5 juin, nous levons l’ancre à 7:00 heures et à 8 :30 heures, nous sommes déjà à quai à la marina Riverview de Catskill pour le re-mâtage de Marysol.

 

Aucune attente pour le re-mâtage; nous sommes le premier voilier à re-mâter aujourd’hui. Le capitaine Marcel détache les courroies et cordages qui retiennent le mât en place dans son support et le prépare pour sa levée, ce qui se fait vers 10:30 heures. À 14:30 heures, le mât est bien ancré dans son puit, les voiles sont posées et nous sommes prêt à partir après avoir fait le plein d’eau et de fuel et après avoir identifié les supports " Santori-I " pour Maurice Guay.

 

 

Espagne-03

 

Samedi le 5 juin. Nous sommes à Catskill et l’opération de re-mâtage est terminée. Je me proposais de vous envoyer le texte Espagne-02 de la bibliothèque municipale de Catskill mais une erreur technique de transfert de fichier de ma part a rendu cette opération impossible. Je vous l’enverrai donc de New York.

 

Il est 15 :00 heures samedi lorsque nous larguons les amarres pour poursuivre notre route en direction de New York. À 18:30 heures et une vingtaine de miles passé Catskill, nous jetons l’ancre pour la nuit à Kingston, à l’entrée de Rondout Creek. Michel Ouellet se souviendra certainement de cet endroit; c’est là qu’un beau matin de mai 2002, vers 6:00 heures, nous avons remonté une énorme souche prise dans la chaîne de l’ancre lors du convoyage du voilier Bonsaï.

 

Le mouillage de Rondout Creek est paisible, sauf pour les vagues des cargos qui passent occasionnellement au large, dans le chenal. Le ciel a apparence de pluie maintenant; c’est couvert et sans vent. Demain nous serons à New York. Encore 73 miles à faire pour atteindre la marina de la 79ième Avenue à New York.

 

Dimanche le 6 mai fut une journée de navigation terne et sans vent, avec alternance de crachin et de bruine. Nous avons levé l’ancre à 7:00 heures, sans problème cette fois-ci. Dès le départ nous nous mettons en ondes pour communiquer avec le Réseau du Capitaine. Déception: ce n 'est que du bruit statique que l’on entend; un " grichage " continu probablement parce que nous sommes trop près par rapport à la portée des ondes radio. À 16:00 heures, New York se profile à l’horizon avec encore quelques miles à faire pour atteindre la marina municipale de la 79ième Avenue. Enfin, à 17:00 heures nous sommes à tangon pour la nuit; la pluie a maintenant cessée et le ciel se dégage lentement.

 

Lundi le 7 mai fut une journée de visite de New York pour les équipiers (Time Square et Central Park) tandis que le capitaine effectuait des petites réparations et ajustements sur le voilier tels la lumière de mi-mât (qui ne fonctionne toujours pas), le bouton-contact pour activer le démarreur (bouton qu’il faudra remplacer) et d’autres petits "gugus..." Très belle journée pour visiter New York : ensoleillé et 25°C.

 

Mardi le 8 juin : encore une belle journée comme celle d’hier. Nous larguons les amarres à 7:00 heures et mettons le cap sur Sandy Hook, N.J. distant de 24 miles. C’est là que nous attendrons le moment propice pour prendre la mer en direction des Açores. C’est là aussi que nous ferons les dernières provisions, la lessive, etc... avant de partir. Pour nous aider dans nos derniers préparatifs, André Archambeault et Patricia son épouse, des amis de Marcel et Solange qui résident à Red Bank près de Sandy Hook depuis de nombreuses années, nous ont grandement assisté. En fin d’après-midi, nous sommes allés prendre l’apéro à leur domicile et au resto par après. Agréable soirée passée en leur compagnie et succulent repas de poisson au restaurant " The Navesink Fishery ".

 

D’autres navigateurs québécois, Bernard et Christiane sur le voilier " Est-Ouest ", qui sont partis de la marina Gosselin à la mi-mai pour une croisière de quelques années autour du monde, sont aussi à Sandy Hook. Nous avons établi un contact radio avec ce voilier lorsque nous avons essayé d’entrer en communication avec le Réseau du Capitaine. Ils sont dans le bassin de la marina Atlantic Highlands Yacht Club en attente d’un départ transatlantique pour les Açores, pour demain si le temps le permet. Nous sommes à tangon assez près d’eux.

 

Des amis de Bernard et Christiane sont aussi en attente d’un départ pour demain. Ce sont Yannig Brian, sa compagne Nathalie et leur adorable petite fille de 5 ans, née à bord, et qui s’appelle Marine. Ils sont de nationalité française et naviguent sur un Jeanneau 44’, le " Terre Océane ".

 

Mercredi le 9 juin : Aujourd’hui nous avons effectué d’autres petits ajustements sur le voilier. Toujours des petites choses à faire sur un voilier. L’épicerie est faite, les toilettes ont été remises à la mer, nous sommes prêt pour le départ. Une dernière agréable soirée en compagnie de Patricia et André, puis demain, jeudi le 10 juin, c’est le départ après le plein d’eau et de fuel. Les conditions météo sont favorables et l’été semble s’être installé pour de bon. Mon prochain texte devrait vous parvenir des Açores.

 

 

 

 

Espagne-04

 

Il y a maintenant une semaine que nous sommes parti de St-Paul-Île-aux-Noix. Après 50 heures de moteur et 312 miles de lac, canal et rivières, nous sommes arrivés à Sandy Hook, N.J., situé à une douzaine de miles passé le pont Verrazano à l’entrée de New York. Nous nous sommes mis à tangon dans le bassin de la marina Atlantic Highland Yacht Club. Prochaine étape : Horta sur l’île de Faial aux Açores, un trajet de 2100 miles en ligne droite depuis New York qui devrait se faire en trois semaines environ.

 

Jeudi le 10 juin, à 11:30 heures, nous quittions Sandy Hook et hissions la grand voile pour prendre la mer. Nous sommes en route pour les Açores. Au départ, le vent est léger du NNW à moins de 5 kts. À la sortie du bassin de Atlantic Highland Yacht Club, nous croisons le Balthasar, un voilier québécois qui revient au bercail après un séjour en mer de 5 ans. Enfin, un contact radio a été établit ce matin avec le Réseau du Capitaine. Notre progression en mer devrait maintenant être rapportée sur le site Internet www.lereseauducapitaine.qc.ca et peut-être aussi sur le site de la Conam. Si cela vous intéresse, regardez pour Marysol ou pour les lettres d’appel VE2DFH.

 

Hier soir fut la soirée des adieux avec Patricia et André Archambeault, des personnes accueillantes et très généreuses, qui nous ont mis sous la protection de Saint Brendon et nous ont donné des cartes météo détaillées pour les prochains jours, une bonne réserve de vin et des petites gâteries pour nous aider à nous rendre à bon port. L’équipage du Marysol vous est très reconnaissant et vous remercie beaucoup.

 

Quelques heures après notre départ, le ciel s’est couvert et nous avons traversé un front froid. Le vent s’est renforcé et a tourné NE 15-20 kts; nous avons navigué au près avec une bonne gîte. Bien qu’elle soit restée à moins d’un mètre, la mer s’est agitée juste assez pour que Marie-Ève se souvienne de son amarinage. Ça fait partie de l’apprentissage; c’est le métier qui rentre.

 

La vie à bord s’est organisée. Les quarts sont d’une durée de 2½ heures, 24 heures sur 24, et chacun son tour pour préparer la bouffe du midi et du soir. Heureusement que, juste avant le départ, Marie-Ève avait préparé un bon pâté chinois pour le premier souper en mer. Dommage qu’elle ne pu le goûter. Nous avons aussi chacun nos quartiers sur le Marysol : Marie-Ève occupe la pince dotée de sa propre toilette. Solange et Marcel partagent la chambre arrière tribord tandis que j’occupe la chambre arrière bâbord. Il y a aussi une deuxième toilette dans le carré, près de l’escalier donnant accès au cockpit. L’aménagement intérieur de Marysol est très logeable et bien conçu pour faire du " charter ", ce que ce voilier fit dans une vie antérieure.

 

Vendredi le 11 juin fut une journée bien spéciale. C’était notre anniversaire de mariage et Sally a mis beaucoup d’imagination pour le souligner; 27 plus 7 comme elle dit. Tout d’abord, dans le gros sac de cadeaux qu’elle m’avait remis lors du départ, il y avait le joli sac emballage plein de belles petites choses que je devais ouvrir le 11 juin seulement, ce que j’ai fait en suivant à la lettre les instructions qui l’accompagnait. Puis son petit message d’amour transmis à la boîte de messages du téléphone satellite que nous avons à bord. Enfin, pour bien marquer l’événement, vers 15:00 heures, nous apercevions au loin, flottant à la dérive à 100 miles au large de New York, une grappe de ballons de fête que nous avons repêchée pour l’occasion. Franchement Sally, il y a rien à ton épreuve. (Maurice, en grand philosophe qu’il est à ses heures, pourra certainement m’expliquer un jour comment il se fait que des ballons de fête, tout à fait dignes de l’occasion, se retrouvent sur notre route un jour d’anniversaire.) Puis, en fin d’après-midi, le vent se calme totalement et permet un souper spécial d’anniversaire préparé par Solange et bien arrosé d’un cru de Marcel, avec la nappe des grandes occasions recouvrant la table. Sur la table également, une bougie aromathérapie et les serviettes de table assorties reçues dans le lot de cadeaux d’anniversaire de Sally. Vers 19:00 heures, j’ai pu parler à Sally au moyen du téléphone satellite, et cette nuit-là les étoiles scintillaient dans la voûte céleste. Je pense à toi et je t’embrasse amoureusement. Durant mon quart de nuit, le vent était nul et une mer d’huile nous entourait. Dans le calme de la nuit, bien que nous ne pouvions pas les voir, nous entendions le souffle des dauphins qui nous accompagnaient ici et là, de part et d’autre du voilier. Nous n’étions pas seuls.

 

Le vent s’est levé au matin du samedi 12 juin. À 09:00 heures, il soufflait NE 15 et nous tenait au près en direction du sud-est sur un cap de 115° magnétique. La mer était relativement calme à 1 mètre, ciel ensoleillé, baromètre à la hausse à 1018 millibars, et 17°C. Belles conditions de voile le jour, avec accalmie la nuit. Ces conditions de navigation se sont maintenues dimanche 13 juin, bien que le vent tourne lentement à l’est et nous dévie davantage en direction sud. Nous nous rapprochons lentement du Gulf Stream; nous sommes à 265 miles au large de New York en ce début de quatrième journée de navigation.

 

 

 

 

Espagne-05

 

Aujourd’hui, mardi le 15 juin 2004, à midi, nous sommes à 1600 miles de notre destination aux Açores, soit la marina de Horta sur l’île de Faial. Les conditions de voile sont excellentes; nous filons par vent de travers à plus de 8 kts sous l’effet du Gulf Stream, poussé par un vent SW 10-15. C’est ensoleillé, 27°C, le baromètre est stable à 1021 millibars, et la mer est d’environ 1 mètre.

 

C’est l’anniversaire de naissance de Sally aujourd’hui et, Sally, je te souhaite tout le bonheur qui te revient. Même si je ne suis pas là physiquement, mes pensées t’accompagnent et je te sens près de moi. À bord, nous portons un toast à ta santé et tout l’équipage te souhaite de merveilleux moments de bonheur aujourd’hui et tous les jours de l’année. Ce soir nous dégusterons nos filets de Dorade fraîche en pensant à toi.

 

Effectivement, en fin d’après-midi hier, une belle Dorade de 1 mètre tirait au bout de la ligne que le capitaine laisse occasionnellement traîner derrière le voilier. Quelle belle prise!! Le capitaine l’a dépecée dans le cockpit pour ne conserver que les meilleurs filets. Le reste fut retourné à la mer. Avec un bout de bois, de la corde et deux sacs d’épiceries, nous avons fabriqué une balance suffisamment précise pour avancer que nous avons obtenus 1,8 kg de filet de ce merveilleux poisson. Dans un sac pendu à une extrémité du bâton il y avait les filets de Dorade tandis qu’à l’autre extrémité, en parfait équilibre, pendait dans l’autre sac une bouteille de 1,5 litre d’eau et une canette d’eau Perrier de 355 ml. Faites le compte!!!

 

La nuit du 15 juin fut assez mouvementée. Le vent, bien que de modeste intensité, est passé du SW 10-15 à NW 10-15 alors que, porté par le courant du Gulf Stream sur une mer de 1,5 mètre, nous filons en direction Est à plus de 8 kts. Au portant par vent arrière, l’étrave de Marysol a tendance à piquer, ce qui réduit la vitesse de coque quand les vagues roulent sous la poupe. De ce fait, Marysol a tendance à patiner et à gîter de part et d’autre, créant ainsi un roulis inconfortable à bord. Le jour venu cependant, le vent s’est adouci et le calme est revenu bien que l’allure fut toujours au portant. C’est du petit temps.

 

Que faire par ce petit temps!! Voilà l’occasion de mettre à l’épreuve un tout nouveau modèle de tangon mis au point en cours de route afin de pouvoir allègrement naviguer par vent arrière avec les voiles en ciseaux. Merveilleuse expérience pour quelques heures. Malheureusement, le matériau utilisé pour ce tangon ne s’est pas montré à la hauteur de la situation et n’a pas résisté à la force du vent, relativement léger, exercée sur le génois. Il faudra en repenser le design!!!

 

Vendredi le 18 juin, jour 9 de navigation, les conditions de navigation par petit temps le long du 40ième parallèle persistent toujours. Heureusement qu’il y a eu le courant du Gulf Stream, parfois à plus de 3 kts, pour maintenir notre progression journalière. Cependant, nous perdrons cet effet bientôt puisque le Gulf Stream devrait bifurquer davantage vers le nord à la latitude de 45° ouest, à 350 miles d’ici environ. Nous sommes présentement à 1234 miles de Horta et si la tendance se maintient, nous serons là dans 10 jours.

 

Que fait-on par petit temps? Chacun vaque à ses occupations particulières et les journées passent sans trop s’en rendre compte. Il n’y a certainement pas apparence de mutinerie à bord et l’harmonie règne dignement. La lecture, la pêche, la préparation de la bouffe, les communications radio HF, la navigation et l’entretien général du voilier sont les activités courantes. Il ne faut pas oublier le ti-ponch de 17:00 heures pour le capitaine et son équipier Denis. Les femmes s’en passent; c’est un drink d’homme... (À vrai dire, elles n’aiment pas l’alcool). Aussi à Québec, ma professeure d’espagnol Maria-Elena sera sûrement heureuse de savoir que les membres de l’équipage font tous des efforts pour parfaire leurs connaissances en espagnol. Nous avons un manuel de cours, dictionnaire, grammaire et autres manuels de référence à bord pour nous aider dans notre apprentissage de cette langue.

 

Dimanche le 20 juin. C’est la Fête des Pères ce dimanche-ci.. Je retourne donc à mon sac de cadeaux de Sally. Selon ses instructions, je prends la carte de souhait no. 3 et je développe son petit cadeau no.3. Quel plaisir de recevoir ces petites gentillesses au beau milieu de l’océan!!! Merci beaucoup Sally pour tes beaux mots d’amour et pour l’originalité de ton petit cadeau de la Fête des Pères. Il m’en reste encore un à développer; celui de mon anniversaire le 9 juillet.

 

Entre temps, Marie-Ève, au moyen d’un " phone patch ", en a profité pour appeler son père sur radio HF par l’intermédiaire du Réseau du Capitaine. N’ayant pas de réponse au numéro appelé, elle se résigne à laisser un message sur le répondeur. Dommage qu’elle n’ait pu établir un contact; c’était sa première expérience de communication sur les ondes radio HF.

 

À ce jour, nous avons cumulé 32 heures de moteur et nous avons maintenu une moyenne de 100 miles par jour malgré le petit temps. Demain il nous restera moins de 1000 miles à faire et nous commencerons le compte à rebours.

 

 

 

Espagne-06

 

Nous nous rapprochons des Açores. Comment pourrait-on se rendre à bon port sans l’aide de nos valeureux compagnons de route que sont nos instruments de navigation? Nous avons donc pensé que nos instruments de navigation méritaient tout l’honneur qui leur est dû pour les bons et loyaux services qu’ils nous rendent jour après jour, sans se lasser. Nous vous les présentons donc ci-après :

 

Tout d’abord il y a Valentin Piloto, notre bien vaillant pilote automatique qui ne déroge pas de sa route, beau temps, mauvais temps. C’est Solange qui l’a baptisé ainsi parce qu’il est fiable et fidèle en tout temps. Puis il y a JOJO la baromane, une accro de la météo qui se prend pour Jojo Savard quand vient le temps de nous prédire le temps qu’il fera. C’est Marie-Ève qui a baptisé le baromètre et lui a ajouté une couette blonde pendant sur un côté pour lui rendre la vraisemblance. À bord nous avons aussi Léo L’Éolien, un petit bidule électronique, portatif, qui nous indique fidèlement la vitesse du vent quand on l’oriente dans la bonne direction, puis il y a l’indispensable G.P.Satellite qui, avec P.C.Pratik, forme une paire indissociable pour nous montrer, sur cartes marines électroniques, notre position en temps réel et un tableau de bord pour gérer notre route. Enfin il y a H.F. le Grincheux; c’est notre poste radio HF qui nous permet la communication avec le monde extérieur. Il est grincheux, car parfois il brouille les ondes juste pour être malcommode. On n’entend plus rien sur certaines fréquences et il faut s’ajuster en conséquence.

 

Voilà qui sont nos valeureux compagnons de route qui se nourrissent de watts et n’entament pas nos provisions de rhum; passons maintenant à la navigation.

 

Lundi le 21 juin, 12ième jour de navigation. La nuit passée fut assez mouvementée. Vers 01:00 heure, nous avons passé un grain; pluie abondante et éclairs au rendez-vous. Puis le vent est graduellement passé du SW 15-20 à NW 15-20 durant la nuit. En début de journée, le courant portant du Gulf Stream était devenu un contre courant de 3 kts à cause d’un " eddies " qui nous affrontait, ces vastes courants qui circulent en sens inverse et qui se trouvent ici et là en bordure du Gulf Stream. On a mis la journée du lundi et une partie de la journée du mardi pour traverser ce " eddies ". Bien que nous filions à 7,5 kts, nous progressions seulement à 4,5 kts par un bon vent de travers NW 15-20. La mer était bien formée à 2 mètres et Marysol filait allègrement sur des flots un peu turbulents mais non menaçant. À 12:00 heures, nous étions à 865 miles de Horta. Le ciel était ensoleillé et le baromètre à la hausse à 1007 millibars.

 

Mercredi le 23 juin, 14ième jour de navigation. Nous filons toujours par vent de travers, revenu à SW 15-20. Ce vent n’a pas encore lâché depuis plus de 48 heures et ça ne lâchera pas pour les prochains jours. On nous prédit un SW 25-30 passant au NW 25-30 lors d’un front froid demain matin. Nous sommes maintenant hors du Gulf Stream, à 575 miles des Açores, et nous progressons à un rythme de 160 miles par 24 heures. C’est comme si on était dans un sprint final pour arriver à destination.

 

Jeudi le 24 juin, fête de la St-Jean et 15ième jour de navigation. Le vent a forci davantage au cours de la nuit pour devenir SW 25-30 avec des rafales à 35 kts. Nous filions à 8 kts par vent de travers avec 3 ris dans la grand voile et un petit bout de génois sorti. Ça brassait pas mal. La mer était turbulente à 3 mètres et, de temps à autres, les lames passaient par dessus le pont lorsque les déferlantes nous frappaient par tribord. Le " dodger " a bien tenu et nous a protégés des agressions de la mer. Le gros temps s’est maintenu jusqu’à tard en soirée. Ce fut notre substitut pour le feu de joie habituel en cette journée si chère au coeur des québécois.

 

Puis, vendredi le 25 juin, le beau temps nous est revenu avec un NW 10, une mer assagie, un soleil magnifique et un baromètre à la hausse à 1012 millibars. À midi, nous étions à 264 miles de Horta que nous devrions atteindre dans le courant de la journée de dimanche le 27 juin. Il faut donc se préparer pour l’occasion; en après-midi nous avons enfilé et cousu sur un cordage tous les pavillons du grand pavois que Solange a patiemment fabriqués à la main l’hiver dernier. C’était son projet d’hiver. Deux séries, chacune de 26 pavillons, représentant les 26 lettres de l’alphabet. À notre arrivée à quai, ces deux séries de pavillons seront montées en tête de mât et attachées, une à la proue et l’autre à la poupe de Marysol. Ce grand pavois flottera allègrement au vent pour marquer notre arrivée après trois semaines en mer.

 

Vendredi après-midi également, nous avons récupéré une bouée de pêcheur qui flottait à la dérive; c’est une espèce de gros ballon rouge utilisé pour la pêche le long du littoral. Ce ballon flottait à la dérive depuis quelque temps déjà (quelques années peut-être) car sa partie submergée était recouverte de coquillages qu’il fallut gratter énergiquement avec un couteau pour les enlever. Ce ballon sera très utile pour les opérations d’éclusage et de quaiage en général. Mayero en avait récupéré un semblable lors de la traversée de l’an 2000.

 

La journée de samedi le 26 juin fut une répétition de la journée d’hier agréables et très plaisantes conditions de voile, météo semblable et aussi récupération d’un autre ballon de pêcheur. À midi, nous étions à 150 miles de Horta et, vers 16 :00 heures, nous pouvions voir le relief escarpé de l’île de Flores se dessiner faiblement au loin, à 30 miles sur bâbord. En après-midi, le capitaine en a profité pour rafraîchir son " look " de capitaine avant de mettre pied sur le quai à Horta : il a changé ses " shorts " de bord et Solange lui a coupé les cheveux et trimé la barbe déjà vieille de trois semaines. Le capitaine est fin prêt pour les Açores.

 

Dimanche le 27 juin, 18ième jour de navigation. Encore une autre belle journée de navigation par beau temps. Le baromètre est à 1026 et c’est ensoleillé. À 15 :00 heures, nous sommes à 35 miles de notre destination. Le relief de l’île de Faial prend forme tranquillement. Terre! Terre! s’écrie Marie-Ève. Cependant on ne voit pas encore le mont Pico, haut de ses 2350 mètres, situé sur l’île du même nom en face de Horta. Il est encore caché par les nuages qui l’agglutinent. Marie-Ève a hâte de fouler le sol des Açores; ce matin elle a enfilé des frites d’emballage en " styrofoam " sur des fils pour fabriquer 4 colliers, style " polynésien " que nous portons déjà fièrement. Qui sait : peut-être y aura-t-il une petite troupe de danseuses exotiques et un fringuant cowboy américain sur le quai pour nous souhaiter la bienvenue!!!

 

 

Comme la journée avance rapidement et que nous sommes encore trop loin pour rentrer à Horta à la faveur de la clarté du jour, le capitaine décide de rentrer tranquillement à moteur, à régime réduit. Ainsi nous arriverons à l’aube lundi matin plutôt que durant la nuit de dimanche. En soirée, les lumières de Horta scintillent au loin tandis qu’une belle lune ne se montrant qu’à moitié éclaire les derniers miles de notre route.

 

Lundi matin le 28 juin, à 02:30 heures, nous amarrons au quai de service à Horta. Nous venons de compléter notre traversée New York – Açores, quelques 2131 miles en 17 jours et 15 heures de navigation dont 61 heures de moteur. Le capitaine compte rester environ 2 semaines aux Açores pour visiter quelques unes des îles avant de mettre le cap sur Lisbonne, Portugal.

 

Il nous faut maintenant ajuster nos montres à l’heure des Açores (heure du Québec plus 4 heures).

 

 

 

Espagne-07

 

Lundi le 5 juillet 2004. Cet après-midi, à 15:00 heures, nous quitterons la marina de Horta, sur l’île de Faial, à destination de Praia Da Vitoria, sur l’île de Terceira, une distance de 80 miles. Nous devrions arriver demain en matinée. La navigation s’annonce belle avec un vent léger E 10 sur une mer paisible. C’est ensoleillé, le baromètre indique 1028 millibars et c’est 25°C.

 

Nous sommes à Horta depuis une semaine et nous en avons profité pour visiter l’île de Faial ainsi que l’île de Pico dont nous pouvons contempler d’ici l’illustre cône volcanique haut de 2351 mètres. Ce matin il nous apparaissait dans toute sa splendeur mais cet après-midi, hélas, les nuages l’ont encore emmitoufflé. On ne voit que la base de la montagne; le pic est dans les nuages.

 

L’archipel des Açores compte 9 îles principales, d’origine volcanique, avec une population de 242 000 habitants. Ce sont de belles îles, très pittoresques, colonisées par les portugais à partir du XV siècle. Les gens sont courtois, souriants, et leur style de vie est simple et paisible. Les petites maisons en blocs de ciment ou en blocs de lave, typiquement portugaises, sont blanches immaculées avec des toits de tuiles rouge-orangées; comme sur les cartes postales. Les prés sont verts et luxuriants, et les parcelles de terre sont séparées par des clôtures de roches de lave couvertes de fleurs bleues, des hortensias. Pas surprenant que les portugais excellent dans l’aménagement paysager; Il faut voir les vignobles de Pico, des petits enclos minuscules bordés de murets de pierre volcanique, aménagés au fil des siècles à même les coulées de laves. Chapeau à ces viticulteurs digne de ce nom.

 

À la marina de Horta, les voiliers se comptent par centaines. Ces voiliers pour la plupart arrivent des Antilles et de la côte est américaine, et font route vers l’Europe. À l’arrivée, après les formalités d’usage, on nous a assigné une place à l’épaule d’un catamaran sud africain, le Vakasha, amarré le long de la jetée car tous les quais de la marina étaient occupés. Ce voilier arrive de Miami et se dirige vers l’Irlande. À bord, le propriétaire et son épouse, Ken et Thora, et un couple canadien de l’Ontario, John et Linda. Quelques voiliers canadiens font aussi escale à Horta; leur présence s’est particulièrement manifesté de 1er juillet car plusieurs pavillons canadiens flottaient allègrement dans le vent. Marysol, pour sa part, hissa le grand pavois fabriqué par Solange.

 

Une demi-heure après l’arrivée de Marysol au quai des douanes le 28 juin, Terre Océane arrivait à son tour. Puis le lendemain, Est-Ouest accostait au quai des douanes. Ces trois voiliers se sont suivis depuis Sandy Hook. Les trois équipages se sont rencontrés à quelques occasions lors du séjour à Horta. (Yannig, Natalie et la petite Marine naviguent sur Terre Océane tandis que Bernard et Christiane naviguent sur Est-Ouest). À quai se trouvait aussi le voilier belge Fun En Bulle, propriété de Françoise et Albert-Alain, que Marcel et Solange ont rencontrés à St Martin il y a deux ans.

 

Mardi le 6 juillet. La navigation de nuit vers Terceira fut assez longue puisque nous avons mis près de 24 heures pour nous rendre à destination. Le vent faible et de direction NE nous faisait face et nous obligea à louvoyer. Puis, au petit matin, il s’est tu; nous avons poursuivi notre route à moteur. Quelques miles avant d’arriver à Praia Do Vitoria, notre destination planifiée, nous apercevions un voilier au loin qui en revenait. C’était le Fun En Bulle qui faisait route vers Hangra Do Heroismo après avoir passé trois jours à Praia Do Vitoria. Salutations et palabres d’un voilier à l’autre, puis décision de Marcel de les accompagner à Hangra Do Heroismo où une nouvelle marina vient d’être aménagée. Nous accostions à la Marina de Hangra à 14:15 heures.

 

Hangra Do Heroismo vaut le détour. Depuis 1983, le centre de cette ville fondée avant la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb est classé Patrimoine de l’Humanité. À l’époque des conquêtes portugaises et espagnoles, cette ville était un des carrefour des routes qui sillonnaient les océans. Des siècles d’histoire sont ici présents.

 

Aujourd’hui, le 6 juillet, c’est l’anniversaire de Solange. Que les années passent sans s’en rendre compte!! Bonne fête Solange. Françoise et Albert-Alain sont venus nous rendre visite pour l’apéro, puis un souper d’anniversaire pour Solange, avec une table décorée pour l’occasion. Le capitaine prévoit rester quelques jours à Terceira avant de faire route vers l’île de Sáo Miguel.

 

 

 

Espagne-08

 

Vendredi le 9 juillet; c’est ma fête aujourd’hui. À pareille date l’an prochain je serai officiellement vieux car je commencerai à recevoir mon chèque de pension de vieillesse du gouvernement du Canada. Alors je profite pleinement de ma jeunesse en cette dernière année de grâce.

 

Ce midi, j’ai lu la belle carte de tendres et merveilleux souhaits de Sally et déballé le cadeau d’anniversaire no.4 qu’elle m’avait remis lors du départ. Quelle géniale idée de me donner un kit de bonne fête tout emballé, soit : un gâteau d’anniversaire dans un sac scellé sous vide, une boîte de glaçage au chocolat prêt à décorer le gâteau, deux chandelles formant le chiffre 46 (pardon 64), et un paquet de serviettes décoratives en papier pour s’essuyer les doigts après dégustation du gâteau. Tout l’équipage salive déjà. Et que dire des délicieux chocolats Eddy Laurent, les meilleurs au monde!! En tous cas, les meilleurs au Québec, sinon à Québec.

 

Le bouche à oreille fonctionne à merveille sur les voiliers. Hier déjà, lors d’un 5 à 7 sur Fun En Bulle, Françoise et Albert-Alain me donnait en cadeau d’anniversaire un joli T-shirt des Açores, décoré de 9 petites têtes de taureaux aux expressions diverses (innocent, intelligent, bébête, etc...). Il parait que je suis devenu expert en la matière depuis que j’ai assisté à une course de taureaux lâchés lousse dans les rues de la petite ville de Biscoitos, de l’autre côté de l’île de Terceira, le 7 juillet. Selon les gens de la place, cette course de taureaux est une activité qui se déroule seulement sur l’île de Terceira, et pas ailleurs semble-t-il. Les gens viennent de partout dans l’île pour assister à cette course. Lorsque le taureau est lâché, même s’il a une corde de 100 mètres attachée au cou que 5 vaillantes personnes essaient de retenir, il part au gallot et fonce dans la foule qui fuit alors dans toutes les directions et essaie de se cacher là où elle peut, en sautant par dessus les clôtures et en entrant dans chaque cavité qui semble offrir une protection. Quand le taureau revient sur ses pas, ce sont les 5 matadors qui retenaient la corde qui déguerpissent à leur tour. C’est un sauve-qui-peut. Tout le long du trajet, les gens de la place assistent au spectacle depuis leur terrasse, fenêtre ou balcon. Et ce festival se déplace de village en village durant tout le mois de juillet.

 

C’est aujourd’hui aussi, vendredi le 9 juillet à 12 :45 heures, que nous avons largué les amarres à Angra Do Heroismo et mis le cap sur Ponta Delgada, île de Sáo Miguel, distant de 93 miles. Un léger vent W 5-10 kts nous propulsait doucement par le travers, tribord amure, sur une mer calme et sous un soleil radieux. Nous arrivions au quai des douanes à Ponta Delgada à 08:45 heures, samedi matin le 10 juillet, après une nuit de navigation à moteur sur une mer au repos éclairée par un quartier de lune.

 

Dès notre arrivée, Marie-Ève apprend d’un voilier voisin que c’est fête en ville aujourd’hui; la fête du Saint-Esprit, une fête champêtre célébrée par tous les villages de l’île. Apparemment, sur l’heure du midi, on y sert un repas traditionnel gratuit. Marie-Ève et moi, après une marche de 10 minutes le long de la jetée longeant le bassin du port, nous rendions au petit parc où se trouvent les portes de la ville. Déjà deux rangées de tables s’alignent dans la rue, formant un U autour du square. Ces tables sont occupées par les gens de la place qui attendent d’être servis par les scouts et les guides de l’île. Il y a certainement plus de 1000 convives déjà attablés. Nous nous joignons à eux. Pour chaque groupe de 8 personnes, soit 4 de chaque coté de la table, il y a une bouteille de 1,5 litre de boisson pétillante à l’orange, genre Orange Crush, et une bouteille de vin rouge. Le soleil du midi nous plombe sur la tête; la boisson à l’orange et le vin sont chauds comme si on les avaient mis au fourneau. Ni l’un ni l’autre est buvable seul; les Portugais les mélangent moitié-moitié pour faire une quelconque sangria. Nous faisons de même et c’est buvable ainsi. Puis le repas nous est servi : un bol de croûtons de pain, de morceaux de boeuf et de choux baignant dans un jus abondant et assaisonné à la menthe; c’est un genre de bouilli de boeuf ou, si vous préférez, de soupe au boeuf et au pain. Assez bon au goût et typiquement portugais. En fin d’après-midi, c’était la parade; chaque village ayant son char allégorique tiré par des boeufs et son groupe de danse ou de chanteurs folkloriques habillés du costume traditionnel, puis en soirée des groupes de chanteurs se succédaient sur les scènes extérieures aménagées à cette fin. Une grande fête pour les résidents de l’île de Sáo Miguel.

 

Dimanche le 11 juillet, les voiliers Terre Océane et Est-Ouest, en provenance de Horta, faisaient escale à leur tour à Ponta Delgada. Comme nous, ils seront ici quelques jours avant de mettre le cap sur la Méditerranée. Nos routes se croisent depuis Sandy Hook.

 

En fin d’après-midi dimanche, Aline et Manuel Dorego sont venus nous rendre visite sur Marysol. Aline est québécoise d’origine tandis que Manuel, maintenant jeune retraité, est né aux Açores et a émigré au Québec avec sa famille lorsqu’il était enfant. Aline et Manuel ont une résidence ici, à Bretanha de l’autre côté de l’île, et partagent leur temps entre Québec et Sáo Miguel. C’est par l’entremise d’un ami commun, Pierre Villemure, que Marcel est entré en communication avec Manuel avant notre arrivée sur l’île de Sáo Miguel. Aline et Manuel sont des gens super sympathiques qui nous ont consacré leur journée du lundi 12 juillet pour agir comme guide touristique et nous conduire à des endroits magnifiques où nous avons contemplé la beauté des paysages sous tous leurs angles. Ils nous recevaient ensuite en leur maison pour un souper typiquement portugais fait avec des légumes frais de leur potager. Un excellent repas bien arrosé de leurs vins préférés. En fin de soirée, ils nous remettaient les clés de leur Land Rover pour que nous puissions continuer à visiter l’île à notre guise, ce que nous fîmes mardi le 13 juillet. Sur les sinueux et cahoteux chemins de montagne, Marcel au volant de ce véhicule de brousse se prenait pour Crocodile Dundee.

 

En après-midi mercredi le 14 juillet, Marcel et Marie-Ève allaient porter la Land Rover à Aline et Manuel, à Bretanha. Merci infiniment Aline et Manuel pour votre cordial accueil et pour votre grande générosité. Votre maison est superbe et votre petit domaine de quelques arpents avec vue en plongeon sur la mer est un oasis de paix tout simplement magnifique. Aujourd’hui, c’est aussi la fête des français. Nous sommes invités sur Terre Océane pour un 5 à 7. Le grand pavois de Solange sera hissé sur Terre Océane.

 

Après deux semaines de vacances aux Açores, nous sommes maintenant prêts pour la prochaine étape de notre voyage : Lisbone, Portugal, distant de 775 miles. Nous larguerons les amarres prochainement. Mon prochain message, Espagne-09, devrait vous parvenir de cet endroit.

 

 

 

Espagne-09

 

Adieu les Açores, ces îles verdoyantes, paisibles et charmantes qui nous ont hébergés depuis le 28 juin. Hier soir, Aline et Manuel, ces québécois qui partagent leur temps entre Québec et les Açores, sont venus souper avec nous sur Marysol et ce midi, vendredi le 16 juillet, nous mettions le cap sur Lisbonne après avoir salué nos amis à quai sur Est-Ouest et sur Terre Océane, ces deux voiliers qui suivront notre route plus tard.

 

Compte tenu des vents dominants et du courant le long du littoral portugais, le capitaine a décidé de faire route un peu plus au nord, en passant par le point 40N – 15W plutôt que de naviguer directement sur Lisbonne. Ce détour, tout en ajoutant 20 miles à notre route qui sera de 793 miles au lieu de 773 miles, devrait faciliter notre entrée sur Lisbonne.

 

Au départ de Ponta Delgada, sur l’île de Sáo Miguel, nous naviguons au portant par vent léger W 5-10 sous un ciel partiellement dégagé. La mer est calme. En soirée le vent s’est calmé davantage, ce qui justifia la mise en marche du moteur. Puis samedi le 17 juillet, le vent est devenu SW 10-15, tournant vers le sud puis l’est, et la pluie a commencée. De bonnes ondées qui ont bien dessalé le voilier. Le mauvais temps s’est maintenu jusqu’à dimanche le 18 juillet, 14 :00 heures. Après une nuit pluvieuse sur une mer croisée et agitée par un vent E 15-20, le soleil nous est revenu. La mer s’est enfin calmée et le vent s’est tu. Après 2 jours de navigation, nous sommes à 580 miles de Lisbonne.

 

La vie à bord a repris son cours habituel : quart de veille de 2½ heures, 24 heures sur 24, navigation aux instruments, vigie météo, communications radio HF, etc... C’est relax à bord et rien ne presse. La lecture est le passe-temps favori; au rythme qu’elle les dévore, Marie-Ève manquera bientôt de romans à lire.

 

Lundi le 19 juillet, le beau temps se maintient et nous filons sur un cap de 85°mag. à 5 kts par vent NNE 10 kts. La mer est calme à moins d’un mètre, c’est ensoleillé et le baromètre est à la hausse à 1018 millibars. De temps en temps il y a des navires qui croisent notre route, mais ils se font rares. Ce soir cependant, au coucher du soleil par 38° 37’ N et 18° 34’ W, entre les Açores et le Portugal, nous avons rencontré deux navires de guerre, probablement américains selon les conversations VHF que nous avons écoutées, qui faisaient des manœuvres. Leurs hélicoptères faisaient la ronde dans les environs, se posaient sur les navires et en repartaient. Un spectacle inusité en fin de journée alors que le soleil déclinait à l’horizon.

 

Mardi le 20 juillet. Le petit temps se maintient et la navigation est de tout repos. Ce matin, nous observons d’étranges petites créatures qui flottent à la surface de l’eau. Il y en a partout. C’est la première fois de toutes mes sorties en mer que je vois des créatures semblables. À première vue on ne peut pas dire si elles appartiennent au règne végétal ou animal. Notre curiosité nous pousse à investiguer davantage. On se fabrique un instrument de fortune avec un sceau et la gaffe pour en repêcher une qui viendrait à dériver près du voilier. Après plusieurs essais, on réussit à en capturer une. C’est effectivement un genre d’animal d’environ 3 pouces de diamètre avec plusieurs branchies pour filtrer l’eau, chacune dans une mince écaille translucide blanchâtre et attachée à un petit corps spongieux et blanc. Pas de yeux, pas de bouche, pas de membres pour se propulser. Ça ressemble un peu à une fleur, genre pivoine: des pétales (les branchies) attachés à un bouton central (le corps). Nous avons pris quelques photos et une séquence vidéo de cette créature avant de la disséquer pour l’analyser. Dès que le corps fut coupé en deux, un liquide orange s’en échappa et plus aucun signe de vie dans les branchies. Très étranges ces créatures; je devrai demander à mon ami Pierre Vallée, spécialiste des HNO, ce qu’il en pense.

 

Jeudi le 22 juillet. Nous naviguons toujours par petit temps SE 5-10 et, à 17 :00 heures, nous sommes à 109 miles de Lisbonne. Nous y serons demain. En soirée vers 20:00 heures, alors que les derniers rayons d’un soleil déclinant s’étendent en pointillé sur les rides d’une mer nonchalante, nous nous sommes payé un spectacle " live " des trois ténors. Les quatre dans le cockpit, naviguant par vent léger SE 5 à 3 kts, nous écoutions un CD des trois ténors, à volume élevé, nous livrer leurs extraits d’opéra. Ah!... mais quelle sensation; c’est comme si nous y étions en personne. Aucun souci de déranger nos voisins; aucune activité humaine à l’horizon. Nous sommes les seuls humanoïdes à portée de vue.

 

Vendredi le 23 juillet. C’est Solange, sur son quart de veille, qui a aperçu la terre en premier à 08:00 heures; elle a droit à une double portion de rhum comme le veut la tradition à bord de Marysol. Nous naviguons toujours par petit temps, N 5-10, sur une mer calme. La traversée des Açores au Portugal aura franchement été de tout repos, avec des vents faibles ou modérés généralement favorables et une mer accueillante sous le soleil la plupart du temps. Une très belle traversée. À 14:30 heures, nous accostions pour les formalités d’usage au quai de la marina de Cascais, à l’entrée du Tage, environ une douzaine de miles du centre ville de Lisbonne.

 

Voilà notre traversée terminée. Marcel et Solange viennent de réaliser un rêve longtemps mijoté; Marie-Ève est toute contente d’avoir relevé le défi et n’en croit pas ses yeux. Enfin rendu au Portugal. Prochaine escale : en route pour l’Algarve.

 

 

 

Espagne-10

 

Voilà, nous sommes au Portugal depuis le 23 juillet.

 

Mercredi le 28 juillet, 10:00 heures, nous levons l’ancre de la baie de Cascais, Portugal (position 38° 41’ N par 09° 24’ W), et mettons le cap sur Setubal distant de 27 miles. Ce fut une agréable escale de 5 jours à Cascais, cette ville station balnéaire parsemée de petites plages à l’entrée du Tage, à une demi-heure de Lisbonne en train de banlieue qui fait la navette aux 20 minutes entre ces deux villes. C’est la haute période de vacances présentement et dès 9:00 heures les plages sont déjà bondées. Beaucoup de monde au soleil mais peu dans l’eau car l’Atlantique est froide ici, aussi froide qu’au Québec. Il faudra attendre l’Algarve pour une eau certainement plus invitante.

 

Cette semaine, c’est la régate " Portugal Match Cup " dans la baie de Cascais, une régate importante à en juger par l’organisation mise en place pour cette compétition de voiliers de classe de 10 mètres environ. De superbes machines de course avec équipage de 5 personnes. Une des bouée du circuit est placée à peine à 50 mètres de Mary

Par Marcel - Publié dans : marcelfrenette
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